Archives d’Auteur: La Chose

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À propos de La Chose

Tout ça manque tout de même cruellement de zombies.

La fille qui trouvait que quand même, ça s’arrange

« Avoir des enfants, je ne peux pas vous dire, c’est tellement trop du bonheur, c’est au-delà des mots, ça n’a pas de prix…(N’oubliez pas de cliquer sur la bannière publicitaire pour Vertbaudet en bas de cet article et sur l’encart clignotant pour Petit Bateau, là, à droite)…Qu’est-ce que je disais, déjà? Ah oui! Avoir des enfants, c’est inestimable, ça n’a pas de prix! »


Une célèbre blogueuse, mère de famille et fière de l’être

J’ai déjà mentionné que Phlegmon (c’est le surnom de ma fille) était un peu l’héritière spirituelle d’Hannibal Lecter et de Mercredi Addams, rapport au fait qu’elle a un quotient intellectuel proprement flippant et une propension à disséquer les choses (au sens propre comme au sens figuré) toute aussi flippante (sinon plus, enfin c’est ce que dit la maîtresse, mais c’est parce qu’elle n’a jamais entendu parler de Damien Thorn, qu’à côté ma fille c’est Princesse Sarah au pays de Candy, tu peux me croire).

Phlegmon est donc partie en vacances chez ma belle-mère depuis maintenant cinq  jours, et je suis quand même vachement contente, d’une part parce qu’aucun animal domestique n’a encore disparu dans le lotissement, (et ça c’est bien la preuve que la phase « comment c’est fait dedans? » est vraiment terminée chez ma fille) et d’autre part parce que j’ai reçu ce matin une petite lettre toute mignonne, maladroitement écrite par ma douce progéniture (je te rappelle qu’elle n’a pas encore six ans, alors rien que le fait d’aligner quatre mots par écrit sans fautes d’orthographe je trouve ça limite digne d’un Prix Nobel, ou à défaut d’un article de Madame Figaro ), et accompagnée d’un adorable petit dessin.

Et comme je le disais à Loutre, qui ne voulait pas me croire (Loutre a tendance à regarder Phlegmon comme on scrute un crotale assoupi au soleil sur un rocher ), eh ben je trouve que finalement, ça s’arrange.

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La fille qui t’expliquait comment carboniser sans peine tes endives au jambon

Parce qu’un vrai blog de fille ne te prend pas pour une bille et te propose toujours une super rubrique culinaire avec tout plein de jolies photos et tout plein de mots compliqués, comme « déglacer », « décuire » et même « organoleptique »…


Loutre n’aime pas les endives au jambon. Il paraît que ça remonte à son enfance, parce que sa mère faisait souvent des endives au jambon.
…..

Moi non plus, j’ai jamais bien compris ce qu’il y avait de particulièrement traumatisant là-dedans (ma mère à moi mélangeait des patates sautées Picard avec des harengs , ben ça m’a pourtant pas marquée plus que ça).
Toujours est-il que je ne cuisine jamais d’endives au jambon à la maison.
Je ne cuisine de toute façon jamais d’endives.
….
En fait je ne cuisine jamais.

C’est Loutre qui fait la popote, ou bien c’est le gentil boutonneux en scooter qui vient livrer des choses dans ma maison (ça nous coûte des sous et ça dégouline souvent de matières luisantes et mal identifiées, mais ça nous permet de regarder Drucker le dimanche sans interruption, c’est trop bien).

Les endives au jambon, donc, j’en prépare jamais.

Sauf quand j’ai très très envie de mettre Loutre en pétard, vu qu’il n’y a pas grand-chose d’autre qui puisse ébranler sa sérénité chronique de moine tibétain shooté au Xanax (à part peut-être quand notre chatte, qui s’appelle Eva Braun, dégueule dans ses chaussons en pleine nuit, c’est pour ça qu’on l’a appelée Eva Braun d’ailleurs, parce qu’elle a ce côté faussement ingénu qui trompe bien son monde et qu’en réalité c’est une vraie salope perverse).

Quand j’ai très envie de mettre Loutre en pétard, je carbonise amoureusement un plat d’endives au jambon.

C’est pas très difficile, vu que je carbonise à peu près tout ce que j’essaie de cuire, que ce soit au four, à la poêle ou sur un feu de joie (oui je sais, on dit un barbecue, mais chez nous ça se transforme souvent en feu de joie, même si c’est très involontaire).

Pour carboniser des endives au jambon, c’est pas compliqué: il te faut des endives et du jambon.

Tout le reste, c’est complètement accessoire, donc le gruyère, la béchamel et la chapelure, tu oublies.

Tu enroules chaque tranche de jambon autour d’une endive (si tu as du temps à perdre, tu peux faire cuire les endives avant, mais si tu veux vraiment énerver Loutre, tu les utilises crues, ça crame plus vite).
Une fois que tu as tes espèces de nems rosâtres qui te font irrésistiblement penser à des trucs pas catholiques et pas thétiques non plus, tu préchauffes ton four au maximum. Au maximum, ça veut pas dire à 200°, ça veut dire que tu tournes l’espèce de bouton noir à fond vers la droite.
Et là tu attends.

Pendant que tu attends, le mieux c’est encore de te mettre un épisode d’Absolutely Fabulous sur ton Home Cinema trop puissant (enfin, c’est ce que moi je fais, après c’est toi qui vois, personne ne t’empêche de regarder NCIS à la place, tu as parfaitement le droit d’être un gros bourrin d’extrême-droite favorable à la chaise électrique, à la Guerre contre la Terreur et aux milices privées).

Une fois que tu sens comme une odeur de métal qui fond, c’est que ton four est suffisamment chaud. Alors tu enfournes le plat d’endives au jambon et tu recules vite de deux ou trois mètres (moi j’ai toujours l’extincteur de la voiture à portée de main parce que je suis une gonzesse raisonnable et une bonne citoyenne). Tu attends jusqu’à ce qu’une fumée noire s’échappe de ton four, et là tu attrapes un gant (j’en mets deux ou trois l’un sur l’autre, on ne sait jamais, je suis une gonzesse raisonnable et une bonne citoyenne) et tu sors ton plat.
En principe, ça ressemble un peu à un gros tas de charbon fumant.

Après, t’as plus qu’à attendre que Loutre revienne à la maison, et tu peux te refaire tranquillement la bataille la plus bourrine de Braveheart dans ta cuisine, avec les têtes coupées qui volent et tout et tout.
Voilà.
En même temps, quand on réussit à ne pas carboniser des endives au jambon, ça ressemble à ça:

Tu peux penser ce que tu veux, la photo vient d’un vrai blog de cuisine hyper-connu sur lequel même ma belle-mère va piocher ses idées (c’est pour ça que j’évite de manger chez elle autant que je peux)

Alors bon, à choisir…

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La fille qui allait plutôt se taper un bon gros nanar moldave

Parce qu’un blog de fille n’est pas un blog de fille sans une rubrique « cinéma » qui permet de faire l’apologie du film romantique américain à deux balles, de la comédie sentimentale à la française et du film engagé mais chiant…

(Julien): – Question pour un champion spécial « fan de films de merde », c’est parti! Alors, la Chose?
(Moi): – Ben…Je laisse la main…
(Julien):- C’est stratégique, j’en suis sûr, n’est-ce pas la Chose?
(Moi): – Nan, c’est juste que je me déballonne, Julien.
(Julien): – Alors monsieur Dugland, attention c’est parti…TOP! Je suis un film américain produit par la 20th Century Fox, dont l’absence totale de scénario n’est compensée à aucun moment par le jeu des acteurs, acteurs rappelant d’ailleurs furieusement à chaque scène la joyeuse équipe d’AB Productions qui avait fait la gloire de Premiers Baisers, une sitcom bien de chez nous dont le quotient intellectuel général frisait à l’époque les deux chiffres de la température ambiante…(POUET!) Une idée, monsieur Dugland?
(Monsieur Dugland): – Ah bah oui, je pense à Transformers 2…
(Julien): – Eh non, monsieur Dugland! C’était un piège! On reprend…attention…TOP! Les grosses légumes de la Fox ont ressorti pour l’occasion un réalisateur qui aurait mieux fait d’arrêter le cinéma après les années 80 (à peu près au moment où Macaulay Culkin, le héros de son plus gros succès, a commencé à enchaîner les cures de désintoxication) mais qui a préféré continuer à saborder sa carrière en tournant des comédies pour attardés mentaux et en produisant pitoyablement des adaptations mercantiles et consternantes de bandes dessinées pour adolescents trépanés du bulbe…(POUET!) Oui, la Chose?
(Moi):- Mike Hodges?
(Julien): – Ah non, la Chose, mais c’était bien vu quand même…
(Moi): – Oui, c’est quand vous avez mentionné « une adaptation consternante de bande dessinée pour adolescents trépanés du bulbe »…ça m’a induite en erreur, j’ai tout de suite pensé à Flash Gordon, évidemment…


(Julien): -Eh oui, évidemment…vous auriez même pu citer Danny Cannon et Judge Dredd, on ne vous en aurait pas voulu…
(Moi): – C’est-à-dire que pour Judge Dredd, j’étais pas restée jusqu’au bout, j’avais profité du générique de début pour faire semblant d’aller aux toilettes et quitter subrepticement la salle.
(Julien): – Et comme je vous comprends. Attention c’est reparti…TOP! Je pompe éhontément à peu près tous les films à succès de la décennie, et je lorgne plus particulièrement sur le tout frais Choc des Titans, qui malgré la présence de l’exécrable Sam Worthington en tête de casting, va sans aucun doute faire un score qui déchire son slip au box-office américain. Du coup mes producteurs ont décidé de recruter quelques glorieux has-been comme Pierce Brosnan , de construire deux ou trois décors en carton pâte pour faire illusion et de coller une laitue pas fraîche sur la tête d’Uma Thurman pour imiter les serpents de Méduse…(POUET!) Oui la Chose?
(Moi): – Oh putain je sais! Oh putain je sais!
(Julien): – Oui? On vous écoute….
(Moi): – Mais oui! C’est ce film à la con qui, sous prétexte de rendre hommage à la mythologie grecque, lui chie dessus de toute sa hauteur et nous montre Mongolito en train de buter Méduse avec un Iphone…
(Julien): – Oui, la Chose, et donc? C’est….c’est….
(Monsieur Dugland): – (POUET!) C’est Percy Jackson le voleur de foudre!
(Julien): – Oui, monsieur Dugland! Excellent! Ah, quel dommage la Chose, vous l’aviez sur le bout de la langue…
(Moi): – Oui, c’est trop bête, jaurais tellement voulu gagner, ça fait deux ans que je rêve d’acquérir cette magnifique statue de Terence Hill dans Maintenant on l’appelle Plata grandeur nature…

Bon, pour la faire courte, il serait malvenu voire criminel de mettre dix euros dans Percy Jackson le voleur de foudre, un film qui nous rappelle, si besoin en était, que tandis que le roi Midas transformait tout ce qu’il touchait en or, Hollywood a tendance à transformer tout ce qu’il touche en merde en barre. Mieux vaut encore aller se fader le dernier nanar kirghize sous-titré en moldave, ou rester devant sa télé en écoutant ses petits neurones frire et se ratatiner douloureusement (ça tombe bien, ce soir y’a du foot)

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La fille qui assumait mal son arachnophobie

Parce qu’un vrai blog de fille aborde toujours, à un moment ou un autre, la délicate question des désordres psychiques typiquement féminins…

Hier soir,  j’ai subi une attaque particulièrement vicieuse et néanmoins foudroyante.
L’ennemi a profité de l’entrebâillement funeste de la fenêtre du salon pour se glisser subrepticement dans la place. Après quoi, il s’est tapi dans l’ombre, silencieux comme un commando du GIGN, suivant la règle bien connue de l’empereur Sun Tzu: L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat.

J’étais sur le chemin des toilettes, regrettant déjà de devoir manquer cinq minute de téloche (les interventions hautement intellectuelles de la bande de trisomiques du Grand Journal sur Canal Plus me font un peu l’effet d’une injection de novocaïne sur une dent cariée, surtout quand c’est Ariane Massenet qui tente péniblement d’aligner trois mots).
J’ai poussé la porte, me délectant par avance du bref moment que j’allais passer en ce lieu béni des dieux, ce havre de paix fraîchement repeint et nouvellement carrelé d’ardoise (oui, on ne se refuse rien, c’est le bling-bling sanitaire), quand soudain je l’ai vu.

Embusqué dans un coin, à la jonction du mur de droite et du plafond.
Énorme.
Gras.
Biennoir sur ce fond bien blanc.
Un cousin.
Le Godzilla de tous les cousins.
Tout en pattes filiformes et en ailes membraneuses.

J’en ai laissé tomber mon exemplaire du Monde (oui, c’est très névrotique mais quand je vais aux chiottes, j’ai besoin d’emmener Le Monde, ça m’aide à me concentrer).

– Mon amour?
– Vouiiiiiii?
– J’ai comme qui dirait un petit problème.
– Keskya?
– Ce sera plus simple si tu viens voir.
– Mmmmmm.

Loutre se pointe tranquillement trois secondes plus tard (j’entends vaguement le dénommé Mouloud à la télé qui tente de prouver qu’il a beau être obèse et particulièrement con, il a toute sa place dans une émission branchouille destinée aux bobos parisiens, et je l’approuve intérieurement).

– Alors?
– Là.

Et je pointe Godzilla du doigt.

– Ben quoi?
– T’as vu?
– Oui. C’est un cousin. Les beaux jours reviennent. Les insectes aussi.
– ….
– ….
– ….
– Bon, tu vas faire ta petite affaire, hein? C’est pas que ça urge, mais j’irais bien, moi aussi.
– Je t’en prie, passe devant, j’ai décidé de mouiller mon pantalon.

Un tressaillement imperceptible de la lèvre supérieure, un léger frémissement des naseaux, le coin de la bouche qui se retrousse.
Loutre sourit.
De plus en plus.
Maintenant, Loutre se marre franchement.

– La Chose qui recule devant un gros moustique. On aura tout vu. Personne ne me croira.
– Je t’emmerde.
– T’as la trouille du méchant vilain petit insecte?
– Je vais te casser la gueule.
– Bouh! Qu’il n’était vilain le petit insecte!
– Quand j’en aurai fini avec toi, t’auras besoin d’une paille pour respirer.
– Tu veux que j’appelle SOS Fantoches?
– T’auras même besoin d’un anus artificiel pour…
– Ouais, ouais, c’est ça, on lui dira. Bon allez, je te laisse en tête à tête avec Cousin Bernardo, va!

Et Loutre tourne les talons et s’en va dans le salon, me laissant seule face au monstre.
Qui ne bouge pas (le monstre).
Qui se contente d’être posé là, comme une verrue sur la face divinement pure d’une jolie fille.
Et qui, j’en suis convaincue, me regarde dans les yeux.

– Ecoute, Bernardo, fils de chien, tu as exactement trois secondes pour aller trimballer ta carcasse hideuse ailleurs, t’entends? Sinon je te jure que je te ratatine comme une merde.

Bernardo m’écoute, j’en suis sûre. Il m’écoute, et il se bidonne. Ce putain de cousin se fout de moi.
Parce qu’il sait pertinemment, Bernardo, que jamais je n’aurai le courage de m’approcher de sa petite gueule d’araignée volante.
J’ai horreur des araignées.
J’ai horreur des cousins.
J’ai horreur de tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un truc qui vole, qui rampe ou qui trotte, et qui appartient à la famille des arthropodes. Surtout les insectus.
Bernardo le sait bien. C’est pour ça qu’il se marre.

– Alors, la Chose, ça va comme tu veux? Mmmm? Il se passe comment, ton match de boxe avec Apollo le Cousino? Arf arf arf!

T’en foutrais moi, tu vas voir, match de boxe, oui, c’est ça, je sais pas ce qui me retient de l »exploser contre le mur, Apollo le Cousino, Bernardo le Salopiot, je sais pas ce qui me retient…Mais si, je le sais.
La trouille.
Du coup, je ne suis pas allée aux toilettes. J’ai passé la soirée à me tortiller dans le canapé, avec une envie pressante, pressante, PRESSANTE NOM DE DIEU, mais j’ai tenu le coup.
Et quand Loutre a fini par aller au petit coin, j’ai été gratifiée d’un méprisant:

– Allez, killeuse, tu peux venir le faire, ton pissou, Bernardo el cousino loco est reparti à Tijuana s’envoyer une Tequila.

L’inconvénient, quand on est pas mariée, c’est que du coup, ben on peut pas divorcer.

Oups, il y a quelque chose qui cloche, mais du diable si je peux dire quoi!

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La fille qui avait un jour tourné un film d’horreur

Parce que tout blog de fille qui se respecte ne manque jamais d’évoquer les joies ineffables de la maternité, de la première dent de la petite Léa aux régurgitations  verdâtres du merveilleux Alexandre

C’est un fait désormais bien établi, accepté par à peu près tout le monde (c’est-à-dire moi-même, myself, ma pomme et mézigue):
Le caméscope peut non seulement apparaître comme le symbole ultime de la beaufitude la plus crasse, mais également se transformer, si l’on n’y prend garde, en véritable arme de destruction massive.

A l’époque déjà relativement lointaine où je me suis découverte fertile et gravide, ma joie s’est exprimée de diverses façons. Citons les borborygmes féminins totalement incompréhensibles (« mmphheureuse », « argghhtrobien », « ouhhhputain »), le regard bovin et hagard de la femelle complètement centrée sur sa matrice et parfaitement indifférente aux rotations de la planète (ainsi qu’à l’actualité, à la météo, aux cours de la Bourse et à tout ce qui ne concerne pas directement les troubles urinaires et les petites nausées de la grossesse), ainsi que la débilité profonde qui s’installe insidieusement et se manifeste par des onomatopées primitives dès qu’un nourrisson apparaît sur l’écran du téléviseur ou sur la couverture d’un ridicule magazine féminin.
Ayant régressé au stade primaire de l’homo sapiens de sexe féminin sur le point de pondre, la future jeune maman exprime, le plus souvent, un désir nouveau et parfois en contradiction totale avec sa nature profonde: celui d’acquérir, de manière urgente, l’un de ces appareils bourrés de technologie japonaise à bas prix et qui font fureur dans les catalogues de vente par correspondance, j’ai nommé le caméscope numérique.
N’ayant point échappé à cette pathologie mentale lourdement handicapante provoquée par la gestation, je devins, il y a quelques années, l’heureuse propriétaire d’un tel appareil, qui se transforma rapidement en un prolongement technico-organique de mon petit corps enflé et boudiné, semblable à un troisième bras, à un troisième oeil, voire même à un deuxième cerveau (ce qui, me concernant, n’était somme toute pas un luxe).

Non seulement je me mis à filmer la moindre minute de ma merveilleuse grossesse, mais en plus, une fois le monstre enfin mis au monde (après des heures de dur labeur, que même une appendicectomie sans anesthésie c’est du flanc, en comparaison), je fus prise d’une véritable frénésie filmique, comme si, en laissant échapper le moindre moment de cette vie fraîchement démoulée, bavante et hurlante, je risquais d’en perdre le souvenir à jamais (parfois je  me demande où je vais chercher tout ça)


Après avoir gaspillé des kilomètres de bande pour saisir la moindre de mes varices gestationnelles, je me mis donc à traquer le plus petit vagissement, la plus insignifiante œillade de ma toute jeune progéniture, avec un acharnement et un enthousiasme qui frisaient la pathologie mentale caractérisée.
Or, dans mon hystérie maternelle quotidienne, il ne me vint bien sûr pas un seul instant à l’esprit que tout ce que je gravais consciencieusement sur disque allait, sauf tsunami imprévu ou séisme apocalyptique,  passer à la postérité sous forme de gigabits d’images animées confinant au pathétique.

Et comme il m’arrive, une fois environ tous les dix ans, d’éprouver ce qu’on peut appeler de la nostalgie pour ce qui fut et n’est plus, je me suis surprise, il y a quelques jours, à faire défiler sur l’écran de ma télévision la totalité des rushes autrefois engrangés et imprudemment stockés dans le ventre d’un super-ordinateur.

J’aurais bien évidemment mieux fait de choisir de me tirer une balle après avoir ingéré du cyanure tout en me mettant la tête dans le four.

Car enfin, que constate une femme plus ou moins politiquement éveillée, à quelques années de ce que l’on nomme pudiquement l’âge mûr, relativement bien dans ses baskets, équilibrée dans sa vie professionnelle et se considérant elle-même comme suffisamment adulte pour mener de front une vie de famille, une carrière et divers engagements associatifs?
Ce qu’elle voit, au moment où elle prend la responsabilité d’appuyer sur la touche « play », c’est une attardée mentale profondément atteinte, qui sourit béatement à l’objectif en agitant la main, et qui, à chaque mouvement de son marmot, se met à braire en convulsant comme un âne atteint de la maladie de Parkinson tandis qu’un mince filet de bave lui dégouline sur le menton.
Ce dont elle est témoin, ce n’est rien d’autre que la négation même de toute notion d’intelligence et d’évolution de l’espèce, lorsqu’elle se voit en train de bêler « ouhhhhhhh » et « hiiiiiii » à chaque flatulence enfantine.
Ce qu’elle contemple, c’est tout simplement l’illustration de la connerie la plus consternante, quand elle se regarde en train de brailler « kikou » et « braaaaavo » à chaque grognement, chaque geste maladroit exécuté par le chiard en question.
Phlegmon rote bruyamment et régurgite un kilo de carottes écrasées?
« Ouuhhhhhhh! »
Phlegmon envoie un scud de matières fécales sur le carrelage de la salle de bains pendant qu’on lui change sa couche?
« Hiiiiiii ! »
Phlegmon s’écrie, entre deux pets sonores, « blaaatêpurge » tout en se bouffant les pieds dans la position du yogi en pleine méditation transcendantale?
« Braaaaaaavo ! »
Phlegmon glisse un regard indifférent et morne à la caméra, trop occupée à arracher le cartilage des oreilles du vieux matou de la famille?
« Kikou ! »

Le summum de l’horreur a évidemment été atteint lorsque Loutre, qui d’ordinaire daigne pointer le bout de son museau après dix-neuf heures, m’a littéralement poignardée dans le dos en osant regagner ses pénates avant le crépuscule, me trouvant prostrée dans le canapé, accablée, muette face à cette autre moi-même qui se vautrait joyeusement dans la fange la plus affligeante du gâtisme maternel.

Je passe rapidement sur le fou-rire semblable aux jappements pervers d’une hyène psychopathe qui a immédiatement saisi l’immonde créature et l’a envoyée se rouler par terre pendant cinq bonnes minutes, tandis que j’essayais courageusement de lui ouvrir la gorge avec un épluche-légumes émoussé.

Accessoirement, j’ai peut-être trouvé un début d’embryon d’explication au fait que ma fille soit rapidement devenue une étrange petite personne au Q.I de Prix Nobel de littérature, totalement infoutue de nouer des lacets ou de monter sur un vélo mais parfaitement à même d’exprimer des théories assez valables sur le sens de la vie, la profondeur abyssale du concept d’infinitude ou les causes intrinsèques des pulsions violentes chez l’enfant unique.

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